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Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle de 2007. Comment sortir du masochisme à la française ?

Dans mon précédent billet, je faisais le lien entre le bon roi Henri et la nécessité de connaître les goûts et habitudes de nos futurs candidats avant de poser notre prochain acte démocratique...


Dans mon précédent billet, je faisais le lien entre le bon roi Henri et la nécessité de connaître les goûts et habitudes de nos futurs candidats avant de poser notre prochain acte démocratique.

 

Aujourd’hui, c’est à un autre Henri, tout aussi bon et tout aussi roi que je vais rendre hommage.

 

Je suis encore passé devant sa modeste maison de Vosne-Romanée vendredi dernier avec la pensée de lui rendre visite comme je l’ai souvent pensé. J’ai appris, quelques minutes plus tard, qu’il était parti faire les vendanges dans un autre paradis depuis le 20 septembre. J’ai bien sûr reçu un choc marqué de regrets comme on le dit sur les couronnes et, au moment d’écrire ces lignes, je vois bien son clin d’œil malicieux dans l’idée d’un autre rendez-vous au 20 !

Henri Jayer était aussi un pape et, à cette époque de l’année, bon nombre de vignerons, plus ou moins jeunes venaient lui demander sa bénédiction et quelques conseils.

 

Je dois bien avouer que je n’ai pas eu souvent l’occasion de déguster les vins d’Henri Jayer mais j’ai encore en mémoire un Richebourg 1980 et un Vosne Romanée 1 er Cru Cros Parentoux 2000 qui étaient la quintessence de l’âme bourguignonne dans son élégance, sa texture soyeuse et sa présence.

 

Je comprends que beaucoup de vignerons se disent de son école et, moi-même, dans mes fantasmes les plus fous, j’ai rêvé de créer un label « Henri Jayer » pour les meilleurs bourgognes et d’assurer la distribution des dits vins « jayerisés » ! Mais adieu veau, vache, …je n’ai pas eu le temps de mettre mon concept révolutionnaire au point et je suis trop souvent passé devant la maison d’Henri Jayer sans m’arrêter, le croyant éternel et remettant à plus tard notre prochaine rencontre, comme souvent fait le procrastinateur que je suis. Cette idée m’était venue à partir de la question « qu’est-ce-qu’un grand bourgogne rouge à votre avis ? » qui était l’objet d’une petite étude à laquelle Henri Jayer avait bien voulu m’apporter son concours. En fait, j’étais parti dans une sorte de quête du Graal en me méfiant un peu de la filiation revendiquée . Nous en avions parlé le 05 mars 2004 et je m’amuse encore de sa sage analyse comme je m’amuserais toujours de ses commentaires sur les vins que, ce jour là, j’avais soumis à son jugement.

 

C’est une autre fable qui n’est pas de la Fontaine, ni du pot au lait, ni du cerf se mirant dans l’eau mais d’Henri Jayer et du vin.

 

J’ai envie de prendre un peu d’avance pour vous souhaiter une excellente année 2007 parce que nous sommes tous dans l’attente de ces prochaines échéances. Je vais donc m’adresser aux candidats afin d’essayer de les sensibiliser non seulement à notre passion commune, chers lecteurs, mais aussi à ce qui devrait rester l’une de nos plus belles fiertés nationales. Il serait temps que nous ayons un président de la république (et pourquoi pas une présidente ?) qui ne soit pas effrayé(e) par l’idée de gouverner un pays aux appellations d’origine si diverses (en écho à ce que l’un d’entre eux disait de la variété des fromages). Nous pouvons peut-être aussi avoir la douce exigence de ne pas être considéré comme des veaux et, pour rester sur le mot, souhaiter que notre représentant suprême mange autre chose que de la tête de veau arrosée de bière mexicaine !

Je m’adresse donc au futurs candidats afin qu’ils n’omettent pas de signaler aux électeurs quels sont leurs plats favoris et s’ils ont un minimum de plaisir à déguster les crus de notre belle France, et lesquels ? N’est-il pas plaisant de lire sur certaines étiquettes « vin préféré du roi Henri IV » ? Plus sérieusement, rappelons ce que le sociologue Claude Fischler soulignait dans son livre « l’Homnivore » : « nous sommes ce que nous mangeons », j’ajoute que nous sommes aussi ce que nous buvons ! Cela peut se résumer autrement : « dis moi ce que tu manges et bois, et je saurai si tu es digne de nous gouverner »

Il est indispensable que l’on sache à quoi s’en tenir sur ce sujet mais il nous faut aussi un programme, car, bien-sûr pas de candidat(e) sérieux(se) sans programme !

Henry IV, lui au moins, il avait la poule au pot dans son programme !

Aujourd’hui, je suggère à nos candidats que la mise en valeur de notre patrimoine gastronomique fasse partie de leur programme électoral, avec, par exemple, pour idées :
• De développer l’odorat des enfants dans les maternelles et, pourquoi pas en nommant Jean Lenoir, l’inventeur du « Nez du vin » ministre des parfums ! Des enfants aux sens éveillés seront plus sensibles, plus intelligents et certainement moins obèses !
• De vanter les mérites de la consommation régulière et modérée du vin rouge comme préventeur des maladies cardio-vasculaires, première cause de mortalité en France. Cela devrait être écrit sur les étiquettes ! Les français qui ne sont pas des veaux peuvent très bien faire la différence entre l’abus d’alcool et les bienfaits du resvératrol !
• D’inscrire la carte des vins de France au programme du Bac. Quand je pense que des « Bac + 10 » peuvent confondre un Sancerre et un Sauternes !
• De subventionner les recherches sur la culture des vignes franches de pied, les vieilles vignes françaises d’avant le porte-greffe américain. Il suffit de déguster le Bourgogne franc de pied de Philippe Charlopin pour comprendre que tout est à redécouvrir dans notre patrimoine avec un vin mille fois plus complexe et moins alcoolisé !
• De mettre en place une véritable politique des appellations d’origine contrôlées avec de vrais jury de dégustateurs afin que certaines bouteilles ne fassent pas honte à leur nom comme c’est encore trop souvent le cas.
• D’appliquer une réduction d’impôt, certes plafonnée, pour l’achat de grands vins car un français qui a une bonne cave fait honneur à son pays !
• D’initier une coupe de France des belles bouteilles : vous imaginez le matin à la radio, ça nous changerait des résultats du foot !
• De valoriser tous les métiers liés à la gastronomie qui est à peine enseignée à l’université…

Et si ces quelques suggestions ne paraissaient pas très sérieuses, je répondrais qu’il faut se méfier des candidats trop sérieux !

 

 

Martial Jacquey - Passionné de vin - 08.05.2006
Le Nez de Saint Pierre

 
 
 
 
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